Tous se figèrent, saluant avec déférence. Seule Aleptina continua son travail, concentrée sur les poignées de cuivre qu’elle faisait briller.
Mais soudain, le directeur s’arrêta net. Son regard s’accrocha à elle. Un souffle lui échappa, comme s’il venait d’apercevoir un fantôme. Lentement, il s’avança vers la femme silencieuse. Les employés se regardèrent, intrigués.
Et, contre toute attente, Sergueï s’agenouilla devant elle. Ses mains tremblaient lorsqu’il ôta ses gants. Avec une infinie délicatesse, il saisit les doigts marqués de brûlures et y posa un baiser.
— Alia…, murmura-t-il d’une voix brisée. Je t’ai cherchée pendant toutes ces années…
Un silence pesant s’abattit dans la salle. Les conseillers, abasourdis, n’osaient plus respirer. Était-ce possible ? Leur femme de ménage muette et le grand directeur ?
Les yeux d’Aleptina s’écarquillèrent. Des souvenirs enfouis resurgirent : un homme qui autrefois avait fréquenté ses expositions, admiré ses toiles, partagé ses rêves d’art et de liberté. Un homme qu’elle avait aimé avant que la tragédie ne vienne tout anéantir.
Une larme glissa sur sa joue. Puis, dans un effort qui semblait fissurer les murs du temps, ses lèvres s’entrouvrirent. Sa voix, rouillée mais douce, résonna pour la première fois depuis des années…..
